Histoire

La majorité de la rubrique “ Histoire“ est inspirée des travaux de :

Most of the informations in the “ History” section are based on the work of :

M. Christopher Henige, Associate Professor of Art History

University of Wisconsin-Whitewater, Etats-Unis

- Thèse de Doctorat soutenue en 1997, University of Wisconsin-Madison (UMI n° 9807 849) : “The Augustinian Abbaye Church of Saint-Martin-aux-Bois : the 13th Century rebuilding”

- Unitary Measure at Saint-Martin-aux-Bois in AVISTA at Kalamazoo 2007.

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Les sources suivantes ont également été utilisées :

  • Etude préalable historique et architecturale commandée par le Direction Régionale des Monuments Historiques, le Conseil Général de l’ Oise et le propriétaire du “Galata”, 2006
  • Groupe d’ Etude des Monuments et Œuvres d’ Art du Beauvaisis, 1978, bulletin n°4 : Saint-Martin-aux-Bois, et le duché d’ Halluin
  • Ile de France Gothique, Volume 1, 1987, M. Bideault et C. Lautier, pages 332 à 340
  • Histoire de l’ Abbaye et du Collège de Juilly, 3° édition, 1888, Charles Hamel.

Fondation

L'abbaye fut fondée entre 1083 et 1091, sous l'impulsion d'un seigneur local, sur des terres appartenant aux Comtes de Dammartin. Elle est alors dénommée : Saint-Martin de Ruricourt, du nom du village près duquel elle s'est établie, non loin de la chaussée Brunehaut, l'ancienne voie romaine qui allait de Beauvais à Valenciennes. Elle est confiée à des chanoines réguliers, c'est-à-dire des prêtres vivant en commun à l'exemple de l'antique communauté réunie au IVème siècle à Hippone par saint Augustin lui-même. 

A partir du XIème siècle ces règles dites "de saint Augustin" vont être reformulées et renforcées par Yves de Chartres alors à Saint-Quentin de Beauvais, d'après les voeux et selon les prescriptions du concile de Rome tenu en 1059 sous Nicolas II.

Ce ne sera qu'en 1297, plus de deux siècles plus tard, qu'elle apparaitra pour la première fois sous le nom de Saint-Martin-aux-Bois dans une lettre de Philippe le Bel.

Dessin de l'abbaye de Saint-Martin-aux-Bois tiré d'un livre de M. Achille Peigné-Delacourt sur l'abbaye Notre-Dame d'Ourscamp

Eugène III, pape de l'Eglise catholique 1145 à 1153 

En dépit du prestige dont semblait jouir l'abbaye au cours de la première moitié du XIIème siècle, des signes de déclin apparurent dès 1145. Il était devenu difficile de maintenir la ferveur spirituelle qui avait caractérisé l'abbaye immédiatement après sa fondation. Aux alentours de 1147, le Pape Eugène III prit le contrôle de l'abbaye de Saint-Martin-aux-Bois et le céda en 1150 à Henri, évêque de Beauvais, et lui enjoignant de mettre en place une série de réformes afin de redresser le très net déclin dans l'observance de la Règle.

 

Les vingt-cinq années qui suivirent virent une rapide succession d'abbés. Peu avant 1175, Michael, originaire de l'abbaye parisienne de Saint-Victor, fut nommé abbé. L'abbaye de Saint-Victor constituait une source d'influence majeure de la réforme augustinienne : les chanoines de Saint-Victor étaient nommés dans les abbayes à réformer afin de les affilier à la "Congrégation Victorine". Cette affiliation des Abbayes Augustiniennes ne peut cependant pas être considérée comme constitutive d'un véritable "ordre", mais de solides relations furent établies et perdurèrent pendant des siècles.

Réforme et expansion


Une fois l'ordre rétabli dans l'abbaye, les comtes de Dammartin en prirent de nouveau le contrôle. En 1185, une grande partie de la ville de Dammartin, située à environ 50 kilomètres au sud-ouest de Saint-Martin-aux-Bois, fut affectée à l'abbaye. Cet apport permit de transférer officiellement un prieuré et un grand nombre de ses dépendances sous l'autorité et au bénéfice de l'abbaye. En 1190 le roi lui fit don du village de Wacquemoulin avec ses moulins. En 1199, l'évêque de Meaux céda à l'abbaye le prieuré de Betz et son annexe d'Antilly.

Ces nombreuses donations et leurs revenus allaient permettre à l'Abbé Walon de Montigny, à partir de 1241, d'entreprendre un important programme de construction dont celle de l'église abbatiale.

Les armes de l'abbaye de Saint-Martin-aux-Bois sont conservées à la Bodleian Library, Oxford

Guerre de cent Ans

La décennie 1330 semble avoir été une période de prospérité pour Saint-Martin-aux-Bois, mais elle fut immédiatement suivie d'une période noire causée par le déclenchement, en 1338, de la Guerre de Cent Ans entre Français et Anglais. L'abbaye subit des dommages considérables au cours de cette période. Malgré la signature du traité d'Arras en 1435 à laquelle participait l'abbé de Saint-Martin-aux-Bois, les guerres ne se terminèrent pas immédiatement. En 1445, l'abbaye de Saint-Martin-aux-Bois fut à nouveau pillée et incendiée. En 1450, les Anglais furent chassés de toute la France du Nord (excepté Calais), mais partirent en dévastant tout sur leur passage. C'est aussi pendant la guerre de Cent Ans que l'abbaye augustinienne de Juilly, près de Dammartin, fut entièrement détruite par les anglais, puis par les bandes anglo-bourguignones aux ordres de Franquet d'Arras. Les chanoines se réfugièrent au prieuré Saint-Jean à Dammartin même, une maison de leur ordre dépendant de Saint-Martin-aux-Bois, avant de pouvoir entreprendre la reconstruction de leur abbaye sous Jean III de Molien dans la dernière partie du XVème siècle.

 

 La partie du plan intitulée "Clos de Ms les Religieux" permet de voir la disposition des différentes parties de l'abbaye. Le cloître, l'avant-nef, le verger et le potager ont disparu à la révolution, mais l'église abbatiale, le portail, le Galata et le mur d'enceinte sont toujours en place.

Instauration du régime de la commende

Pendant les cinquante années qui suivirent, Saint-Martin-aux-Bois lutta pour se reconstruire, mais les perturbations causées par la guerre et les destructions perturbèrent considérablement la gestion des revenus provenant de ses possessions, et l'abbaye amorça un sévère déclin. Il était devenu nécessaire de confier la gestion de l'ensemble à des personnes plus compétentes. Le dernier abbé régulier, Guillaume de Baudreuil, céda en 1491 la gestion de l'abbaye à son frère, Guy de Baudreuil qui devint ainsi le premier abbé commendataire.

Guy de Baudreuil et le renouveau de Saint-Martin-aux-Bois

Les dernières années du XVe siècle et les trente premières années du XVIe siècle furent celles d'un renouveau remarquable pour l'abbaye. Guy de Baudreuil témoigna d'un vif intérêt pour Saint-Martin-aux-Bois, et fut largement responsable personnellement de sa restauration. La miniature figure la présentation de la traduction par Guy de Beaudreuil au dédicataire : Louis d'Orléans, Duc de Longueville. Manuscrit conservé à la Bodleian Library, Oxford.
Guy de Baudreuil, abbé de Saint-Martin-aux-Bois (1492-1531) Des efforts furent menés pour récupérer les possessions autrefois rattachées à l'abbaye. Tout aussi importantes furent les rénovations que Guy de Baudreuil réalisa dans les bâtiments de l'abbaye, en particulier l'église. C'est sous son patronage que l'on installa de nouvelles stalles, des peintures murales, des tapisseries, des livres, ainsi qu'une nouvelle chapelle privée pour l'abbé. L'abbé réaménagea aussi la maison d'hôtes et en fit son propre logement. Suite au décès de Guy de Baudreuil et de son successeur François de Clèves, l'abbaye fut placée entre les mains d'une succession d'abbés commendataires, parmi lesquels de nombreux évêques de communes lointaines : Bayeux, Rome, Grenoble... L'abbaye sombra dans un nouveau déclin dans l'observance de la Règle.

L'ère des réformes

Au cours des premières années du XVIIe siècle, l'abbaye de Saint-Martin-aux-Bois traversa une période économique rude qui conduisit à un certain relâchement de la vie religieuse. En 1615, un programme de réforme avait été initié par le Père Charles Faure. En 1619, le Cardinal de la Rochefoucauld fut nommé abbé de Sainte-Geneviève à Paris. L'abbaye de Sainte-Geneviève devint bientôt le foyer de la réforme augustinienne à travers la France. L'abbaye de Saint-Victor fut reliée à celle de Sainte-Geneviève, dissolvant de manière effective la Congrégation Victorine en faveur d'une nouvelle congrégation des Génovéfains. En 1644, l'abbaye de Saint-Martin-aux-Bois fut officiellement rattachée à celle de Sainte-Geneviève.

Installation des Jésuites

Malgré les réformes religieuses, l'abbaye continua à traverser des périodes économiques difficiles. Le 20 Mai 1677, le dernier abbé de Saint-Martin-aux-Bois, Louis-Hercule de Lévis de Ventadour, céda l'abbaye au Collège de Clermont, détenu par les Jésuites de Paris. Le complexe abbatial fut littéralement coupé en deux : les chanoines génovéfains vivaient dans les parties est du complexe claustral, alors que les jésuites occupaient les parties ouest. Les deux communautés partageaient l'église. Les jésuites agissaient en qualité d'abbés commendataires en charge des finances de l'abbaye. Ils laissaient la pratique religieuse sous le contrôle du prieur des chanoines. Le titre d' "abbé" fut officiellement supprimé en 1683.

La dissolution de l'ordre

L'abbaye continua à opérer sous le contrôle des Jésuites jusqu'à leur expulsion hors de France en 1762. En 1764, l'abbaye passa sous le contrôle du Collège Louis-le-Grand à Paris, et ses biens furent placés sous l'autorité d'un bureau administratif présidé par le Grand Aumônier de France, Charles-Antoine de la Roche-Aymond, archevêque de Reims. En 1768, la Commission des Réguliers, créée par Louis XV afin d'établir un rapport sur le statut de tous les hommes de maisons religieuses en France, évalua à cinq le nombre de religieux à Saint-Martin-aux-Bois. Après la Révolution française de 1789, un décret de l'Assemblée Nationale daté du 26 Mars 1790 fixa le nombre minimum de religieux désirant vivre en communauté à douze. Toute communauté plus petite dont les membres souhaitaient néanmoins poursuivre une vie monastique devaient se regrouper pour former une communauté plus grande. Les chanoines de Saint-Martin-aux-Bois ne purent continuer à habiter l'abbaye et la quittèrent. Le 31 Juillet 1791 eut lieu la vente des meubles de l'abbaye. La propriété abbatiale proprement dite fut vendue par lots entre 1791 et 1797. Seule l'église fut épargnée pour devenir l'église paroissiale de Saint-Martin-aux-Bois.  

L'abbaye aux XIXe et XXe siècles

Sur cette carte postale imprimée en 1901 on peut voir le pignon nord-ouest du Galata (XIIè. et XVè. s.), le logis et le porche d'entrée de l'Abbaye (à l'extrême droite sur la carte). L'église continua à servir d'église paroissiale pour la population locale et fut classée monument historique en 1840. Pendant la Première Guerre Mondiale, l'église servit notamment d'hôpital pour soigner les soldats blessés et de belvédère pour suivre les opérations militaires. Depuis lors, de nombreux travaux de restauration de l'église furent entrepris. Ils se concentrèrent essentiellement sur la restauration des vitraux.